Les Villes Souterraine de Cappadoce

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Ville Souterraine en Cappadoce

Lorsque l’on évoque le nom de “Cappadoce”, l’imaginaire collectif pense paysages lunaires, cheminées étranges, montgolfières, volcans… Cet environnement atypique paraît hostile à toute implantation humaine. Le climat y est aride, les changements de nivelé sont dangereux et insensés. Pourtant, c’est bien au coeur de cette région anatolienne que se sont établies les premières civilisations du monde, qui ont réussi à prendre avantage de la situation.

Le paysage extravagant et unique de la Cappadoce a été façonné par trois volcans qui sont rentrés en éruption et qui ont créé le tuf, roche volcanique très tendre et souple. L’érosion et l’infiltration des eaux ont donné des terres parsemées de cheminées à la forme de champignon. Cependant, l’Homme a également contribué à sa modification, notamment en creusant dans la roche pour donner naissance à de véritables sociétés souterraines, sous forme de villes.

Eglises, entrepôts de nourriture, caves à vin, chambres, toilettes, salles à manger, étables… le confort était garanti, même en temps de guerre.

Les villes souterraines étaient en effet utilisées comme refuge pour se protéger des invasions. Ceux qui se sont attelés à leur construction étaient les Hittites au IIème millénaire avant JC, première civilisation à être entrée en Anatolie. Cette région était très convoitée car elle était située au carrefour des grands empires de l’époque. S’accaparer de cette zone signifiait donc contrôler le commerce mondial. Les Hittites étaient régulièrement agressés par de nombreux peuples. Ils ont donc commencé à s’approprier le territoire et à creuser des villes souterraines qui se déployaient sous des forteresses. Lorsque l’envahisseur arrivait, la ville à la surface donnait l’impression d’être complètement déserte.

 

Cependant, les invasions des « peuples de la mer » et des Phrygiens, originaires d’Europe centrale ou orientale, vinrent à bout de l’empire Hittite. Les chrétiens utilisèrent ensuite ces cités souterraines pour se protéger des persécutions de l’empire romain qui était originellement polythéiste. Lorsque celui-ci adopta comme religion officielle le christianisme, les caves servaient de refuge contre les invasions arabes. Les Seldjoukes finiront par annexer la région à l’empire ottoman. Dès lors, les cités souterraines furent peu à peu oubliées. Au total, plus de deux cent mille habitants auraient vécu dans ce pays enfoui.

 

Les villes sous terre les plus connues sont Derinkuyu et Kaymakli, reliées entre elles par un tunnel d’une dizaine de kilomètres. Les cités pouvaient s’étendre sur plusieurs kilomètres et la plus grande compte 8 étages explorés, avec 18 niveaux au total ! Les circuits connectaient également les maisons des habitants pour leur permettre de se réfugier au plus vite en cas d’attaque.

L’endroit était ingénieusement aménagé et chaque étage avait sa fonction : par exemple, au premier, se situaient les étables et des niches pour stocker le fourrage. Les habitants pouvaient survivre pendant bien des mois. Des puits permettaient de s’approvisionner en eau car s’aventurer dehors étaient trop risqué. Egalement, pour éviter l’intoxication, des bouches d’aération permettaient à l’air de circuler lorsqu’on allumait un feu dans le tandoor, pour cuire les aliments et se chauffer. La température à l’intérieur était cependant toujours idéale : située entre 10 et 15 degrés, elle convenait aussi bien en hiver qu’en été. Des entrepôts de vivres et des caves à vin assuraient également une suffisance alimentaire pendant de longues périodes.

 

Ces endroits étaient aussi un foyer du christianisme : des églises et des écoles missionnaires étaient aménagées dans chaque ville, en plus d’un cimetière. Malgré les agressions extérieures, les habitants continuaient une vie normale : ils s’occupaient des troupeaux, buvaient du vin, lisaient la Bible, se réunissaient pour manger tous ensemble dans les salles communes, mouraient…

 

Si l’ennemi arrivait à entrer dans la cité souterraine, sa progression étaient rendue difficile par l’inclinaison des tunnels : en pente et étroits, ils permettaient également la circulation de l’air. Les couloirs étaient fermés par des grosses pierres de plusieurs tonnes que l’on pouvait aisément pousser de l’intérieur, mais il était impossible pour les individus de l’extérieur de parvenir à les bouger.

Les habitants avaient mis au point des techniques permettant d’attaquer et de prendre au piège les envahisseurs : des trous étaient creusés au-dessus des couloirs pour faire passer des lances. Lorsque l’ennemi parvenait dans les pièces communes, on l’enfermait en bouchant toutes les issues en poussant les roches coulissantes. Aussi, les conduits permettaient une amplification et un écho des bruits, ainsi les habitants disposaient d’assez de temps pour se protéger en se rendant aux étages inférieurs de la ville.

 

Les villes souterraines de la Cappadoce n’ont pas fini de livrer tous leurs secrets. Seulement 10% de Derinkuyu est ouverte au public et de nombreux étages n’ont pas été encore explorés. La découverte de la cité suscite bien des fantasmes. En 1963, un habitant, en cassant l’un des murs de sa maison, tombe nez à nez avec toute une cité souterraine ! Environ 200 ont déjà été trouvées en Cappadoce, mais on estime qu’elles sont en fait au nombre de plus d’un millier… l’histoire continue.

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